Tu écris une consigne. Le lendemain, elle a disparu. Ce n'est pas Claude qui « oublie » : c'est que tu l'as écrite au mauvais étage. Il y en a cinq, ils n'ont ni le même auteur, ni la même portée, ni le même moment de chargement — et personne ne te l'explique. Voici la carte complète.
1D'abord : tu es dans quel Claude ?
La confusion démarre ici. Il n'existe pas un seul système de contexte, mais deux mondes qui ne partagent rien. L'application (claude.ai, l'appli bureau, le mobile) et Claude Code (le terminal / l'IDE) ont chacun leurs étages, avec des noms différents pour des idées voisines.
| Le monde | Ce que tu écris, toi | Ce que Claude écrit, seul |
|---|---|---|
| L'application (claude.ai, bureau, mobile) | Instructions de compte · Instructions de projet · Fichiers du projet | Mémoire du projet |
| Claude Code (terminal, IDE) | CLAUDE.md (4 emplacements possibles) | Mémoire automatique |
2Étage 1 — Les instructions de compte
Qui écrit. Toi. Dans les réglages de ton compte, l'encart d'instructions générales (« Instructions pour Claude »).
Portée. Maximale : toutes tes conversations, dans tous tes projets, indéfiniment. C'est l'étage le plus large et le plus oublié.
Ce qu'on y met. Ce qui est vrai de toi, tout le temps : ton métier, ton secteur, le vocabulaire que tu emploies, la langue, le niveau de détail que tu veux, le format de réponse que tu préfères. « Réponds en français, va droit au but, pas d'introduction. »
Ce qu'on n'y met pas. Tout ce qui est spécifique à un dossier, un client, un projet. Sinon tu traînes le contexte d'un projet dans tous les autres — et tu pollues des conversations qui n'ont rien à voir.
Où ça se trouve, exactement. Réglages › Général, l'encart « Instructions pour Claude », juste sous ton profil. Le texte de l'interface le dit lui-même : Claude gardera ces éléments à l'esprit dans les conversations et dans Cowork.
Et voilà le détail qui explique la confusion générale : il n'y a pas un encart global, il y en a deux. Celui du dessus vaut pour tes conversations et pour Cowork. Mais Cowork possède en plus son propre encart, dans Réglages › Cowork, qui ne s'applique qu'à ses sessions à lui.
3Étage 2 — Les instructions de projet
Qui écrit. Toi, dans le projet lui-même.
Portée. Uniquement les conversations de ce projet. La doc Anthropic est explicite : elles ne s'appliquent qu'aux chats à l'intérieur du projet.
Ce qu'on y met. Le cadre général : le rôle que joue Claude ici, le contexte de l'entreprise ou du dossier, les règles de sortie (ton, format, ce qu'il ne faut jamais faire). Anthropic recommande de réserver les instructions de projet au contexte général et aux grandes lignes directrices — et de garder les consignes propres à une tâche pour la conversation elle-même.
4Étage 3 — Les fichiers de contexte du projet
Qui écrit. Toi — mais tu n'écris pas une règle, tu déposes une matière première.
Portée. Le projet. Claude peut s'y référer, y puiser, les citer.
C'est la nuance la plus mal comprise des cinq : un document n'est pas une consigne. Déposer ta charte éditoriale en PDF ne crée aucune obligation. Claude la lit comme une source d'information, pas comme un ordre.
5Étage 4 — Le CLAUDE.md (côté Claude Code)
Qui écrit. Toi. C'est un simple fichier texte que Claude Code relit au démarrage de chaque session.
Là où ça se complique : il n'y a pas un CLAUDE.md, mais quatre emplacements possibles, chargés du plus large au plus proche de toi.
| Emplacement | Portée | Partagé avec |
|---|---|---|
| Politique gérée par l'organisation | Toute la machine, tous les dépôts | Tous les salariés |
| ~/.claude/CLAUDE.md | Tous tes projets, sur cette machine | Toi seul |
| ./CLAUDE.md (racine du projet) | Ce projet | L'équipe, via le dépôt |
| ./CLAUDE.local.md | Ce projet | Toi seul (à exclure du dépôt) |
Et voici le point que presque personne ne sait : ces fichiers ne s'écrasent pas, ils s'empilent. Tout est concaténé, du plus général vers le plus proche de l'endroit où tu as lancé la session. Le plus proche est donc lu en dernier. Les CLAUDE.md situés dans des sous-dossiers, eux, ne se chargent pas au lancement : ils n'arrivent qu'au moment où Claude ouvre un fichier de ce sous-dossier.
6Étage 5 — La mémoire automatique
Qui écrit. Claude, tout seul. C'est le seul étage que tu ne remplis pas : il note ce qu'il apprend de tes corrections, tes préférences, les commandes qui marchent, les pièges qu'il a rencontrés.
Dans Claude Code, ça vit dans un dossier dédié par projet, avec un fichier d'index — MEMORY.md — plus des fiches par sujet. Seul l'index est chargé à chaque session, et il est plafonné : les 200 premières lignes ou 25 Ko, le premier des deux atteint. Le reste ne se charge pas au démarrage ; Claude va lire les fiches détaillées seulement quand il en a besoin.
Dans l'application, même logique : chaque projet a son propre espace mémoire, cloisonné des autres projets et des conversations hors projet. Ce que Claude a appris dans ton projet A n'existe pas dans ton projet B. Ce n'est pas un bug, c'est le design.
Alors, qui prime sur qui ?
C'est LA question, et la réponse va te surprendre : il n'y a pas de vainqueur automatique. Ce n'est pas une hiérarchie où l'étage du dessus écrase celui du dessous. C'est un empilement : tout arrive dans la tête de Claude en même temps, ordonné du plus général au plus spécifique.
Conséquence directe, et c'est écrit noir sur blanc dans la doc : si deux consignes se contredisent, Claude peut en choisir une arbitrairement. Pas la plus récente, pas la plus proche, pas la plus autoritaire. Une des deux.
| Étage | Qui écrit | Portée | Chargé quand |
|---|---|---|---|
| 1. Instructions de compte | Toi | Tout, partout | Chaque conversation |
| 2. Instructions de projet | Toi | Ce projet | Chaque chat du projet |
| 3. Fichiers du projet | Toi | Ce projet | À la demande (matière, pas règle) |
| 4. CLAUDE.md | Toi | Machine, projet ou toi seul | ★ Chaque session |
| 5. Mémoire automatique | Claude | Ce projet / ce dépôt | ★ Chaque session (index seul) |
L'arbre de décision : cette info, je la mets où ?
Garde ce tableau sous la main. C'est 90 % du problème résolu.
| Si c'est… | Ça va… |
|---|---|
| Vrai de moi partout, tout le temps | Instructions de compte — ou ~/.claude/CLAUDE.md côté Claude Code |
| Vrai de ce projet, pour toute l'équipe | Instructions de projet — ou le CLAUDE.md à la racine du dépôt |
| Vrai de ce projet, mais pour moi seul | CLAUDE.local.md, exclu du dépôt |
| Un document de référence à consulter | Les fichiers du projet — et la règle résumée dans les instructions |
| Une procédure en plusieurs étapes | Une skill : elle ne se charge que quand elle sert |
| Valable seulement sur certains fichiers | Une règle ciblée par chemin, chargée à la demande |
| Quelque chose qui doit arriver, sans exception | ★ Un hook — pas une consigne |
| Vrai uniquement pour cette demande-là | Le chat. Et nulle part ailleurs. |
Les 6 erreurs qui font « oublier » Claude
1. Tout dire dans le chat. Ce que tu dis uniquement en conversation ne survit pas à une compaction de contexte. Nuance importante : le CLAUDE.md à la racine du projet, lui, est relu depuis le disque et réinjecté après compaction. Les CLAUDE.md de sous-dossiers et les règles ciblées, non — ils ne reviendront qu'au prochain fichier concerné. Si une consigne « disparaît » en cours de longue session, c'est presque toujours qu'elle n'était que dans le chat.
2. Le CLAUDE.md-fleuve. Le réflexe est d'empiler 400 lignes « pour être sûr ». Effet exactement inverse : la doc Anthropic recommande de viser moins de 200 lignes par fichier, parce qu'un fichier long consomme du contexte et réduit le respect des consignes. Plus tu écris, moins c'est suivi.
3. Confondre document et consigne. Déjà vu à l'étage 3 : un fichier déposé est de l'information, pas un ordre.
4. Laisser deux étages se contredire. Une préférence dans ton compte, l'inverse dans le projet — et le résultat devient aléatoire. Relis tes étages de temps en temps et supprime le périmé.
5. Attendre qu'une mémoire voyage. Les espaces mémoire sont cloisonnés par projet. Et côté Claude Code, la mémoire automatique reste locale à ta machine : elle ne suit pas sur ton autre ordinateur.
6. Croire que c'est contraignant. Les cinq étages sont du contexte, pas de la configuration exécutée. Ce qui doit être garanti relève des hooks et des réglages, pas d'une phrase bien tournée.
Ce qu'on met — et surtout ce qu'on ne met pas — dans un CLAUDE.md
Dans le détail, voici le tri complet.
| À mettre | À ne pas mettre |
|---|---|
| Les commandes qui servent tout le temps (lancer, tester, construire) | Ce que Claude peut déduire tout seul en lisant le code : arborescence, liste des dépendances |
| Les conventions maison qui diffèrent des réglages par défaut | Les procédures en plusieurs étapes → une skill |
| Où vivent les choses (« les gestionnaires d'API sont dans tel dossier ») | Les règles qui ne valent que pour un sous-ensemble de fichiers → une règle ciblée |
| Les pièges non devinables et le pourquoi d'un choix | Le moindre secret, clé ou mot de passe |
| Les « toujours faire X », formulés de façon vérifiable | Un manifeste de style de 300 lignes que personne ne relira |
Passer à la pratique
La carte, c'est bien. Voici maintenant les quatre gestes concrets qui la font vivre — dans l'ordre où on les pose.
1. Ranger le dossier avant d'écrire quoi que ce soit
C'est le geste le plus sous-estimé, et il ne demande aucune compétence technique : ce ne sont que des noms de dossiers. Mais il conditionne tout le reste, parce qu'un CLAUDE.md ne peut pointer que vers des endroits qui existent.
2. Écrire le CLAUDE.md — le squelette à réutiliser
Quatre titres, jamais plus. Tu remplaces les valeurs, tu gardes la structure, et tu as la même base de départ sur chaque projet.
3. Écrire la demande : le résultat, pas les étapes
Les cinq étages portent le contexte permanent. Ils ne remplacent pas une demande bien écrite. La différence entre les deux colonnes ci-dessous, ce n'est pas la politesse : c'est le nombre de choses que Claude doit deviner.
4. Le montage complet, dans l'ordre
Si tu démarres un projet de zéro, voici la séquence. L'étape 6 est celle que tout le monde saute — et c'est précisément celle qui amorce la mémoire dans le bon sens.
Les 3 réflexes de vérification
Arrête de deviner. Dans Claude Code, trois commandes te disent la vérité en dix secondes.
/context — affiche ce qui est réellement chargé dans la session, dont la liste des fichiers d'instructions. Si ton fichier n'y apparaît pas, Claude ne le voit pas. Fin du débat.
/memory — liste tes fichiers d'instructions et te donne accès au dossier de mémoire automatique. C'est là que tu vas lire, corriger ou supprimer ce que Claude a retenu tout seul. Tu peux aussi y couper la mémoire automatique si tu la préfères manuelle.
/doctor — passe ton installation au diagnostic, et propose des coupes dans un CLAUDE.md devenu trop gros : il enlève ce qui est déductible du code, il garde les pièges, les conventions et le raisonnement.
Ce que ça change vraiment
Le jour où tu arrêtes d'écrire tes consignes « quelque part », tu arrêtes de te répéter. Chaque phrase atterrit à l'étage qui a la bonne portée et la bonne durée de vie : le durable en haut, le jetable dans le chat, le garanti dans un hook. Et Claude cesse d'être un assistant à qui tu réexpliques ton contexte chaque matin, pour devenir un collaborateur qui l'a déjà.