Tout le monde se bat pour vendre des agents IA aux 18 % d'entreprises qui utilisent déjà l'IA. Pendant ce temps, les 82 % restantes ne cherchent pas un agent : elles cherchent quelqu'un pour leur expliquer. Voici le décryptage de l'étude Insee, et les segments concrets à aller chercher.
1Les 4 chiffres à retenir
L'adoption explose — depuis une base minuscule. 18 % des entreprises utilisent au moins une technologie d'IA en 2025, contre 10 % en 2024 et 6 % en 2023. Le taux a triplé en deux ans. C'est ce chiffre que tout le monde cite pour dire « le train est parti ». Retourne-le : 82 % ne sont toujours pas montées dedans.
Le frein n°1 n'est pas le budget, c'est le sens. Parmi les entreprises qui n'utilisent aucune IA, 71 % répondent « pas d'utilité pour l'entreprise ». Loin devant le coût (32 %).
Le frein n°2, c'est la compétence. 54 % des non-utilisatrices citent le manque d'expertise. Puis, à égalité à 38 % : protection des données, clarté juridique, incompatibilité avec les équipements.
Et ça ne s'arrête pas à l'entrée. Chez celles qui utilisent déjà l'IA, 53 % se disent freinées par un manque d'expertise. Puis données/vie privée (43 %), clarté juridique (42 %), coûts (33 %).
2« Pas d'utilité » ne veut pas dire « pas intéressé »
C'est toute la lecture de l'étude. Une entreprise qui répond « pas d'utilité pour nous » ne dit pas qu'elle a évalué l'IA et l'a rejetée. Elle dit qu'elle n'a jamais fait le lien entre cette techno et ses propres processus. Personne n'est venu le faire à sa place.
Et regarde la cohérence des deux chiffres : 71 % ne voient pas d'utilité, 54 % disent manquer d'expertise. Ce sont largement les mêmes entreprises. On ne voit pas l'utilité de ce qu'on ne sait pas évaluer. Le « pas d'utilité » est le symptôme ; le manque d'expertise est la cause.
Conséquence commerciale directe : sur ces 82 %, un pitch d'agent IA ne peut pas fonctionner. Tu proposes une solution à un problème que le prospect n'a pas encore formulé. Ce qui se vend en amont, c'est le diagnostic : audit d'usages, cartographie des tâches, formation des équipes, cadrage juridique et RGPD. Autrement dit : formation et conseil.
3Les segments à prospecter
L'étude donne deux axes de ciblage exploitables : la taille et le secteur. Croise-les.
Par taille (taux d'utilisation de l'IA en 2025) : 10-49 salariés → 15 % · 50-249 salariés → 31 % · 250 salariés et + → 58 %.
La tranche 50-249 salariés est le point d'équilibre le plus intéressant : assez structurée pour avoir un budget et un décideur identifiable, assez petite pour ne pas avoir de DSI ni de direction data en interne. Les 250+ sont déjà démarchées par les grands cabinets. Les 10-49 ont le volume mais des tickets plus courts.
| Secteur | Utilisent l'IA (2025) | Lecture | Priorité |
|---|---|---|---|
| Transports & entreposage | 9 % | Le plus bas de tous. Tout est à faire. | ★ Fort |
| Construction | 10 % | Beaucoup d'admin et de doc, zéro outillage. | ★ Fort |
| Hébergement-restauration | 12 % | Volume élevé, tickets courts. | Moyen |
| Commerce | 13 % | Gros gisement, très hétérogène. | ★ Fort |
| Industrie manufacturière | 17 % | Budgets solides, cycles longs. | Moyen |
| Activités spécialisées, sci. & techniques | 33 % | Déjà entamé → vise le frein « expertise ». | Moyen |
| Information-communication | 59 % | Le plus haut. Marché saturé. | Faible |
Comment lire ce tableau. Un taux bas = un marché vierge, mais un prospect qui ne se sait pas prospect (cycle de vente plus long, éducation à faire). Un taux haut = un prospect mûr, mais un concurrent tous les dix mètres. La zone la plus rentable est celle où le besoin est réel et la concurrence absente : transports, construction et commerce, sur la tranche 50-249 salariés.
4Ce que tu vends exactement
« Formation et conseil IA » est trop vague pour être acheté. Ce qui s'achète, ce sont des livrables datés. Quatre offres qui répondent directement aux freins mesurés par l'Insee :
1. L'audit d'usages — répond au « pas d'utilité » (71 %). Tu passes 2 à 3 jours dans la boîte, tu cartographies les tâches par équipe, tu ressors une liste priorisée de cas d'usage chiffrés en temps. Petit ticket, gros levier : c'est ta porte d'entrée, et c'est lui qui déclenche tout le reste.
2. La formation des équipes — répond au manque d'expertise (54 % des non-utilisatrices, 53 % des utilisatrices). Sessions par métier, pas une conférence générique. Note bien : c'est la seule offre qui adresse les deux populations. Tes clients déjà équipés en ont autant besoin que les autres.
3. Le cadrage données & juridique — répond aux 38 % « protection des données » et 38 % « clarté juridique » (et 43 % / 42 % chez les utilisatrices). Quelles données peuvent sortir, quels outils sont acceptables, quelle charte interne. Personne ne vend ça, et c'est ce qui débloque les comités de direction.
4. L'accompagnement récurrent — un point mensuel après le déploiement. C'est ce qui transforme une mission ponctuelle en revenu prévisible.
5Comment ouvrir la conversation
Le chiffre qui ouvre une porte n'est pas 18 %. Dire « seulement 18 % des entreprises utilisent l'IA » à un dirigeant qui n'en utilise pas, c'est le rassurer : il est dans la norme. Utilise l'inverse — la donnée sectorielle et la donnée de taille, qui le placent, lui, dans un groupe précis.
L'angle qui marche : « Dans votre secteur, l'Insee mesure X % d'entreprises équipées en 2025, contre 6 % il y a deux ans. Le sujet n'est pas de savoir s'il faut y aller, mais lesquels de vos process le justifient. C'est exactement ce que je viens regarder. » Tu ne vends rien, tu proposes un diagnostic — et tu t'appuies sur une source publique et neutre, pas sur ton avis.
Ton premier rendez-vous ne doit pas contenir de démo. Sur ce segment, une démo arrive trop tôt : elle ramène la conversation sur l'outil, alors que le prospect n'a pas encore de problème formulé. Pose des questions sur le temps passé, pas sur la techno.
Ce que l'étude ne dit pas
Pour rester honnête sur ce que tu peux affirmer en rendez-vous :
L'enquête porte sur les entreprises de 10 salariés ou plus — les TPE de moins de 10 salariés, qui représentent l'essentiel du tissu français, ne sont pas dans le champ. Elle exclut aussi l'agriculture et la finance. Elle mesure des déclarations, pas des usages observés : une entreprise peut sous-déclarer (des salariés utilisent ChatGPT sans que la direction le sache) comme sur-déclarer. Enfin, elle ne dit rien sur la disposition à payer : un besoin mesuré n'est pas un budget. C'est à toi de le vérifier en rendez-vous.