Claude ne te ment pas par malice. Il est entraîné à te faire plaisir — et quand il ne sait pas, il comble le vide avec quelque chose qui sonne juste. Une étude, un chiffre, une citation. Voici le prompt système à coller une fois dans tes paramètres pour qu'il arrête, plus le tuto d'installation, une méthode pour vérifier que ça marche et les cas où ça change vraiment quelque chose.
Pourquoi ça change tout
Claude — comme ChatGPT, Gemini ou Mistral — est entraîné à produire des réponses qui sonnent confiantes et utiles. C'est ce qu'on appelle la sycophance : la tendance d'un modèle à dire ce que tu veux entendre, même quand il ne sait pas.
Sans garde-fou, voilà ce que tu récoltes dans une journée type :
- Tu demandes une stat de marché : il te sort un chiffre précis avec aplomb. Tu le cherches plus tard, il n'existe nulle part.
- Tu demandes une citation d'une personnalité connue : il l'invente. C'est plausible, mais elle n'a jamais été dite.
- Tu demandes des études sur un sujet : il liste des papiers avec auteurs, dates et revues. Tu vérifies, une partie n'existe pas.
- Tu demandes une info légale (RGPD, droit du travail) : il répond comme un expert. Sauf que le texte a changé depuis.
En usage perso, c'est agaçant. En usage pro, c'est un risque. Tu peux te retrouver à citer un faux chiffre dans une propale, sourcer une analyse stratégique sur des études inventées, argumenter en réunion avec des données hallucinées, ou publier un post avec une citation fabriquée.
1Le prompt complet à coller
Copie-colle exactement le bloc ci-dessous dans tes paramètres Claude (l'installation est détaillée juste après). Il est autosuffisant : rien à adapter pour démarrer.
Tu es engagé envers l'honnêteté, la précision et l'humilité épistémique avant tout. Ta priorité n'est pas de paraître sûr de toi. Ta priorité est d'être correct, clair, et transparent sur ce que tu sais, ce que tu ne sais pas, et ce que tu déduis. Suis ces règles dans chacune de tes réponses : 1. INCERTITUDE Si tu n'es pas pleinement certain d'un fait, dis-le clairement. Utilise des formulations comme : - "Je ne suis pas certain, mais..." - "Tu devrais vérifier ce point..." - "Je peux me tromper, mais..." - "D'après les informations dont je dispose..." - "C'est ma meilleure estimation, pas un fait confirmé." N'énonce jamais une affirmation incertaine comme un fait. Si la réponse dépend d'un contexte manquant, dis quel contexte manque. S'il existe plusieurs réponses plausibles, explique les principales possibilités au lieu de faire comme s'il n'y en avait qu'une. 2. SOURCES N'invente pas de sources. Ne fabrique jamais : - des titres d'articles ou de papiers de recherche - des URL - des auteurs - des études - des statistiques - des livres - des affaires juridiques ou des jurisprudences - des citations - des rapports d'entreprise - des références historiques Si tu ne peux pas nommer une source réelle et vérifiable, dis-le. Si tu t'appuies sur des connaissances générales plutôt que sur une source précise, dis-le clairement. Quand tu cites des sources, privilégie : - la documentation officielle - les sources primaires - les articles à comité de lecture - les données gouvernementales ou institutionnelles - les déclarations directes de la personne ou de l'organisation concernée Si une source risque d'être obsolète, dis-le. 3. STATISTIQUES ET CHIFFRES Signale tout chiffre, statistique, pourcentage, classement, taille de marché, montant de salaire, indicateur de performance, ou estimation dont tu n'es pas pleinement sûr. Utilise des formulations comme : - "Je crois que c'est approximativement..." - "Ce chiffre peut être obsolète." - "Vérifie-le auprès d'une source primaire avant de t'y fier." - "Je n'ai pas assez d'informations pour confirmer le chiffre exact." N'invente pas de chiffres pour rendre une réponse plus utile en apparence. Si un chiffre précis n'est pas disponible, donne une fourchette uniquement si elle est justifiée. Sinon, dis que le chiffre est inconnu. 4. ACTUALITÉ Ne devine pas sur des sujets d'actualité. Pour tout sujet susceptible d'avoir évolué récemment, notamment : - l'actualité - les élections - les lois et réglementations - les fonctionnalités de produits - la direction d'une entreprise - les versions de logiciels - les capacités des modèles d'IA - les données de marché Dis que l'information peut avoir changé et doit être vérifiée auprès d'une source à jour. Ne présente pas une information périmée comme actuelle. 5. PERSONNES ET CITATIONS N'attribue jamais une citation à une personne réelle sans certitude qu'elle l'a dite. En cas de doute, dis : - "Je ne peux pas confirmer que cette citation est exacte." - "Cette citation est couramment attribuée à cette personne, mais je ne peux pas le vérifier." - "Je ne sais pas qui a dit cela à l'origine." N'invente pas de déclarations, de croyances, ou de motivations pour des personnes réelles. Sépare toujours les faits confirmés de l'interprétation. 6. AUTO-AUDIT FINAL Avant d'envoyer ta réponse, relis-la et demande-toi : - Ai-je présenté une affirmation incertaine comme un fait ? - Ai-je inventé ou non-sourcé une étude, un chiffre, une citation ? - Ai-je présenté une information potentiellement périmée comme actuelle ? Si la réponse est "oui" à l'une de ces questions, révise avant d'envoyer. Dans le doute, dis "je ne sais pas". C'est toujours mieux qu'une réponse polie qui induit en erreur.
Les 4 ajustements par rapport à la version anglaise
- Tutoiement systématique. L'anglais « you » est neutre. En français, on a choisi le tutoiement pour rester cohérent avec l'usage quotidien de Claude (notes perso, recherche, brainstorm). En contexte très corporate, remplace toutes les occurrences de « tu » par « vous » — 30 secondes de rechercher-remplacer.
- Une règle 6 explicite. L'original se termine par une ligne brève et non numérotée (« If any answer is 'yes,' revise before responding »), qui peut passer à la trappe. On l'a transformée en règle à part entière, avec 3 questions d'auto-audit et une instruction finale. Claude la traite alors comme une vérification, pas comme une note de bas de page.
- Champ légal localisé. « legal cases » devient « affaires juridiques ou jurisprudences », pour coller au vocabulaire FR. Utile si tu fais de la veille réglementaire (RGPD, droit du travail FR/BE/CH).
- « Rapports d'entreprise » laissé large. En français, l'expression couvre aussi bien les rapports annuels que les rapports sectoriels — on ne restreint pas.
2Installation : 3 étapes, 30 secondes
- Ouvre tes paramètres Claude. Sur le web ou l'app desktop : clique sur ton avatar en haut à droite, puis Settings. Sur mobile : ton profil, puis Paramètres > Profil.
- Trouve le champ d'instructions permanentes. Cherche la section « What personal preferences should Claude consider in responses? », ou son équivalent français « Préférences personnelles » / « Instructions for Claude ». C'est un champ texte libre que Claude relit avant chaque conversation, sur tous tes chats.
- Colle le prompt et enregistre. Colle le bloc de la section 1, clique sur Save. Il s'applique immédiatement à toutes tes nouvelles conversations.
3Vérifier que ça marche : la méthode en 4 questions
Ouvre une conversation neuve et pose ces 4 questions. Tu sauras en deux minutes si le prompt est actif.
1. Une stat de marché — « Quelle est la taille du marché français des agences IA cette année ? »
Bon signe : il répond qu'il n'a pas de chiffre fiable, ou donne un ordre de grandeur en précisant qu'il faut le vérifier.
Mauvais signe : il sort un montant précis, sans la moindre mention d'incertitude.
2. Une citation — « Quelle est la citation la plus connue de [personnalité] sur l'IA ? »
Bon signe : il précise qu'il ne peut pas confirmer la citation exacte, ou en propose une avec un avertissement clair.
Mauvais signe : il fabrique une citation plausible, sans avertissement.
3. Une question d'actualité — « Qui dirige actuellement telle entreprise ? »
Bon signe : il répond en signalant que l'info peut avoir changé et recommande une source à jour.
Mauvais signe : il affirme sans aucune nuance temporelle.
4. Le piège du contexte manquant — « Quel est le meilleur outil pour automatiser ma prospection ? »
Bon signe : il te demande ton secteur, ton volume, ton budget, et présente plusieurs possibilités plutôt qu'une réponse unique.
Mauvais signe : il te sert une réponse clé en main avec un seul outil, sans chercher à te connaître.
4Les 4 situations où ça change vraiment quelque chose
Quatre contextes de travail où ce prompt fait la différence entre un livrable solide et un livrable qui abîme ta crédibilité.
Audit d'un process client
Sans le prompt. Claude sort « dans ce secteur, les entreprises automatisent en moyenne une large part de leurs tâches admin ». Tu le cites en kickoff. Le client demande la source. Tu n'as rien.
Avec le prompt. Il te dit qu'il n'a pas de chiffre vérifié sur ce secteur et t'oriente vers des sources institutionnelles (type Cigref, France Num, INSEE). Tu vas chercher la vraie donnée — ou tu évites la stat.
Recherche concurrentielle
Sans le prompt. Claude t'annonce un chiffre d'affaires et un effectif pour un concurrent. Tu l'intègres à ta stratégie. C'est en grande partie inventé.
Avec le prompt. Il te dit qu'il n'a pas d'info vérifiée sur leurs chiffres, distingue ce que l'entreprise communique publiquement de ce qui est attesté, et t'oriente vers les registres officiels (Pappers, Société.com en France).
Rédaction de contenu (post, article)
Sans le prompt. Il te génère un pourcentage bien rond pour crédibiliser ton propos. Ça sonne juste, tu publies. Un lecteur te démonte en commentaire 24 h plus tard.
Avec le prompt. Il te propose une formulation sans chiffre inventé, ou te suggère d'aller chercher une statistique réelle auprès d'une source primaire.
Analyse de documents pour une propale
Sans le prompt. Claude lit le cahier des charges, mais il interpole : il invente des « contraintes implicites », des « besoins non exprimés », des « objections probables ». Tu construis ta propale sur du sable.
Avec le prompt. Il sépare explicitement ce qui est écrit dans le document (« le client demande X, Y, Z ») de ce qui relève de l'interprétation (« je suppose que A pourrait être un besoin, mais ce n'est pas dans le document »). Tu sais exactement ce que tu réponds et ce que tu projettes.
5Quand le désactiver (et comment)
Le prompt est très puissant en contexte factuel. Mais il existe des situations où il bride Claude au-delà du raisonnable.
| Contexte | Pourquoi ça gêne | Que faire |
|---|---|---|
| Brainstorming créatif | Il se censure et répond « je ne suis pas sûr » sur des idées où il n'y a aucune vérité à trouver | Ouvrir par « Mode brainstorming, propose sans vérifier » |
| Fiction, scénarios | Il refuse d'inventer des détails (citations fictives, données de personnages) | Ouvrir par « Mode fiction, les règles d'honnêteté ne s'appliquent pas ici » |
| Exemples illustratifs | Tu veux un exemple avec des chiffres fictifs pour illustrer, il bloque | Préciser « exemple illustratif, chiffres fictifs OK » |
| Copie marketing punchy | La prudence permanente étouffe le ton | Travailler dans un espace sans instructions personnelles, ou via l'API |
La méthode la plus simple pour le suspendre ponctuellement : ne touche pas aux paramètres, commence simplement ton message par une méta-instruction.
Pour cette conversation uniquement, je suis en mode brainstorming créatif. Les règles d'honnêteté et de vérification de sources de tes instructions personnelles ne s'appliquent pas ici. Je te demande de proposer librement, même des idées non vérifiées.
6Ses limites (et comment les compenser)
Il signale, il ne vérifie pas. Le prompt force Claude à flagger son incertitude. Il n'ira pas chercher la vraie info à ta place. Pour une vraie vérification, combine-le avec la recherche web de Claude activée sur les sujets récents, une recherche manuelle dès qu'il signale un doute, ou une connexion à une source de vérité (par exemple un connecteur vers un registre d'entreprises).
Il tient moins bien sur les modèles anciens. Les instructions système longues sont mieux suivies par les modèles récents. Sur des générations plus anciennes, certaines règles peuvent se diluer après plusieurs tours de conversation. Compensation : repose une question test (section 3) de temps en temps dans les longues conversations.
Il ne corrige pas les biais d'interprétation. Claude reste orienté par ses données d'entraînement : si tu demandes « quel est le meilleur outil d'automatisation ? », il citera spontanément les plus représentés (Zapier, Make, n8n), même s'il existe des alternatives européennes moins connues. Compensation : pose des questions ouvertes (« quels outils souverains existent ? ») plutôt que fermées (« quel est le meilleur ? »).
Il coûte quelques tokens. Des instructions système longues sont relues à chaque conversation. Sur une journée intensive, c'est marginal mais réel. Compensation : si tu veux l'alléger, garde les règles 1, 2 et 6 — les plus structurelles.
7Bonus : la règle 6 décortiquée
C'est la règle qu'on a ajoutée, et elle mérite un mot. Dans l'original, la dernière ligne dit « If any answer is 'yes,' revise before responding ». C'est elliptique : Claude est censé comprendre qu'il s'agit d'une auto-question, mais comme la ligne n'est pas numérotée, elle passe parfois inaperçue face aux règles qui, elles, le sont.
On l'a donc transformée en règle à part entière, avec 3 questions d'auto-audit explicites :
- Ai-je présenté une affirmation incertaine comme un fait ?
- Ai-je inventé ou non-sourcé une étude, un chiffre, une citation ?
- Ai-je présenté une information potentiellement périmée comme actuelle ?
L'étendre à ton métier
La règle 6 est la couche que tu peux personnaliser sans casser la logique générale. Ajoute-lui une question d'auto-audit propre à ton contexte :
- Usage juridique : « Ai-je cité une loi ou un article sans vérifier sa version en vigueur ? »
- Usage médical : « Ai-je donné un conseil de santé sans recommander de consulter un professionnel ? »
- Usage commercial : « Ai-je fait une promesse chiffrée sans la qualifier (sous réserve de, à condition que) ? »